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L’Or de Naples (Max-Emmanuel Cencic, Arie Napoletane – Decca)

L’Or de Naples ! Le titre du film de De Sica aurait si bien convenu à ce récital de Max Emanuel Cencic, tellement le programme proposé est habile à nous émerveiller d’airs souvent enregistrés pour la première fois, pour neuf des onze de ce disque. Après la fougue du Quel vasto, quel fiero, tiré du Polifemo (1735) de Porpora qui ouvre en majesté ce programme et permet de souligner d’emblée la qualité de l’orchestre Il pomo d’oro et la maîtrise habile de la direction de Maxim Emelyanychev, prompte à rendre cuivres et violons aussi aériens que légers à l’unisson, tout en respectant un relief avec la voix qui ne sera jamais pris en défaut, Max Emanuel Cencic déroule un programme aussi séduisant qu’intimiste.

Arie Napolitane, ouvres de Porpora, Léo, Vinci, A.Scarlatti, Pergolesi et Auletta
Max-Emmanuel Cencic, contre-ténor

Orchestre Il Pomo D’Oro, direction Maxim Emelyanychev
Enregistré à la Villa San Fermo, Lonigo (Italie), du 7 au 14 février 2015, Decca 2015, 75’31.

L’Or de Naples
Dans L’Harmonie Perdue (1999), Raffaele La Capria décrit Naples comme une ville où l’Histoire s’est échouée, où la civilisation, ancienne, et le passé, grandiose, semblent inféconds  au voyageur de passage qui en entrevoyant les dorures ternies des palais de Spaccanapoli peinera à se détacher de l’image prégnante mais réductrice de la Camorra, de Pulcinella, d’un O Sole Mio ravageur et de Maradona, dernière icône païenne de la cité.

Ce serait oublier que Naples, dont la gloire et la puissance ne cessent de renaître sur les cendres ardentes du Vésuve, connue sous les Bourbons une période de création musicale exceptionnelle dont le Théatre San Carlo demeure l’écrin et le témoignage monumental au cœur de la ville.

Le regain d’intérêt que connaissent depuis quelques années les contre-ténors, reflet d’une scène où se croisent plusieurs talents d’un très haut niveau, a pour salutaire effet de remettre en lumières des airs et des compositeurs injustement délaissés issus d’une Naples aussi mélomane que baroque.

L’Or de Naples ! Le titre du film de De Sica aurait si bien convenu à ce récital de Max Emanuel Cencic, tellement le programme proposé est habile à nous émerveiller d’airs souvent enregistrés pour la première fois, pour neuf des onze que comporte ce programme. Après la fougue du Quel vasto, quel fiero, tiré du Polifemo (1735) de Porpora qui ouvre en majesté ce programme et permet de souligner d’emblée la qualité de l’orchestre Il Pomo d’Oro et la maîtrise habile de la direction de Maxim Emelyanychev, prompte à rendre cuivres et violons aussi aériens que légers à l’unisson, tout en respectant un relief avec la voix qui ne sera jamais pris en défaut, Max Emanuel Cencic déroule un programme aussi séduisant qu’intimiste.

Sa voix, claire, limpide, sachant tantôt être cristalline est souvent plus chaude que celle de ses confrères, se faisant douce et boisée, ne négligeant pas la hauteur de ton tout en évitant toute surenchère superfétatoire. Ces qualités, alliées à de parfaits placements de son timbre lui permettent de subjuguer des airs plus solennels tels que le Dal suo gentil sembiante, tiré du Demetrio (1732) de Léonardo Leo, ou encore la longue plainte, étirée et déchirante Mie pensieri d’Allessandro Scarlatti.

Il aurait été facile à Max-Emanuel Cencic de composer un énième récital constitué de quelques grands airs connus d’un large public, ajoutant ainsi son nom à la longue litanie de leurs interprètes. Saluons donc comme il se doit le choix fait de privilégier des airs moins connus, issus d’œuvres un brin délaissées. Car ce n’est pas le moindre bénéfice de ce disque que rappeler l’extraordinaire vitalité de la musique baroque à Naples en cette première moitié de XVIIIème siècle, où sous l’impulsion conjuguée d’une richesse économique et de l’apanage de cour, plusieurs mécènes de premier plan passent commande d’œuvres majestueuses, l’opera seria, alors en plein développement venant combler leurs attentes. Au delà des airs de Porpora, Léo et Scarlatti, compositeurs déjà cités et dont plusieurs œuvres ornent ce disque, nous nous devons aussi de citer un extrait de l’Olympiade (1735) de Pergolèse, dont beaucoup de mélomanes redécouvriront avec bonheur un autre aspect que son très connu, et néanmoins superbe, Stabat Mater. L’Infelice in questo stato présenté ici permet de retrouver tout le talent du jeune compositeur à suggérer l’émotion et à plonger l’auditeur dans des abîmes d’intériorité, fusse au prix de quelques violons un peu languissants. L’interprète se montre une fois de plus irréprochable, la voix toujours superbement posée, et d’une tessiture offrant une large palette de sensibilité.

Nous nous devons d’être tout aussi laudateur envers le petit concerto pour clavecin signé Domenico Auletta (1723-1753) qui vient clore le programme et qui loin de paraître incongru offre une délicieuse prolongation à un programme remarquable d’équilibre. Le jeu du chef et claveciniste Maxim Emelyanychev, délié et sautillant, y fait merveille. Alors, même si nous regretterons que le livret se montre un peu trop conventionnel et avare en renseignements, il nous faut clamer que ce disque, sachant allier raffinement et brio, s’imposera comme une balade dans la Naples baroque et que Max Emanuel Cencic saura encore longtemps nous éblouir de sa voix, tout en consentant peut-être à partager avec nous les références du tailleur des vestes impeccablement brodées et éclatantes dont il se vêt.

                                                                                                          Pierre-Damien Houville

Technique : enregistrement clair et transparent, voix bien mise en avant, manque un peu de chaleur.

Étiquettes : , , , , , , , Last modified: 17 août 2020
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